
Les cueillettes c'est comme ça que j'appelle une pratique de collecte digitale de mots et d'images. J'en partage une partie ici.
Floriane
30 décembre
Elizabeth Ward, à propos de son rôle de "body on the floor" dans No Change or "freedom is a psycho-kinetic skill ”, de DD Dorvillier (2005) :
« When I left Oregon the year before I had the clear intention to make dance my job and to work with “interesting minds.” The first couple months I was in the city I would go to auditions, thinking this is how one got jobs, and then pray I’d get cut because I found the work so dismal. Being a body on the floor challenged my thoughts around performativity and the value I had unconsciously inherited around what constitutes dance. When No Change premiered at Context Studios in September of 2005 I had the sensation, while lying at an angle to the upstage cyc wall, that I was perfectly placed in that moment of my life. »
25 décembre
Ma tête sur ses cuisses contre son ventre
Mon oreille sous le froissement du livre
Mes yeux dans sa peau immense
désert blanc
24 décembre
Dans la table ronde organisée par Zineb Soulaimani, « Danser au bord des mondes », avec Emma Bigé (danse, philosophie), Mabeuko Oberty (danse, traduction) Léa Rivière (danse, poésie).
Emma Bigé, à propos de son livre Mouvementements :
« Ce sur quoi j’y entends enquêter, c’est tout un ensemble de pratiques qui se sont intéressées à faire monter en nous le sens qu’il y a d’autres mouvements que les nôtres qui nous traversent. Alors là, on est toutes assises, on a pas l’air de bouger beaucoup, et pourtant il y a au moins un mouvement commun qui nous habite toutes, auquel on est toutes là occupées, c’est qu’on est toutes en train de tomber. Et bien-sûr, ça n’en a pas l’air – parce que, bon, y’a le sol et les chaises qui nous en retiennent, mais là maintenant – et ça nous met toutes d’accord avec l’ensemble des choses qui nous entourent – on est attirées vers le centre de la Terre. Et toutes on reçoit le soutien de sa surface.
Ce sens là, qu’on est habité·es par des mouvements qui sont en nous mais pas de nous – l’idée ce livre, Mouvementements, c’est qu’il est important [ce sens] pour nourrir les engagements écologiques. La séparation ‘l’humain / le monde’ ne tient pas la route. Nous sommes dans un monde anthropogéniquement, chaotiquement produit, en raison de l’activité humaine, donc on sait : on n’est pas séparé·es. Et cette insépartation, elle peut parfois prendre un tour mental : on peut commencer à se le dire mais pas le sentir. Et puis on a beau avoir lu Donna Haraway le soir, on se réveille avec notre téléphone portable qui nous dit : tu es un individu. Donc t’es foutu·e : t’es reparti·e dans l’idée que tu pouvais t’auto-saisir comme humain·e.
Donc l’idée était d’enquêter sur tout un ensemble de pratiques qui s’évertuent à rappeler cet autre sens de l’humain, qu’on peut faire surgir, d’ailleurs, en faisant attention à l’étymologique de ce mot-là. Puisque humain à l’origine ne désigne pas une espèce séparée des autres espèces. Humains, ça désigne les terriens, les terrestres. Humain ça vient du même mot que humus. Les humains, ça désigne celleux qui sont de la terre, par contraste avec celleux qui sont du ciel ou d’ailleurs. On pourrait dire : y’a tout un ensemble pratiques de mouvements qui sont intéressées à faire surgir l’humus que donc tu es. À te rappeler à toi, au studio, quand tu t’entraines, que tu es traversé·e par cette force cosmique, au moins fondamentale.
J’ai proposé d’appeler ça des danses compost-humanistes, par hommage justement à Donna Haraway, qui disait : plutôt que de s’embrancher dans les mouvements qui consistent à dépasser l’humain vers son embranchement à des créatures cyborgs complexes, qui voudraient dépasser notre condition mortelle, précaire etc., et si on essayait au contraire d’empirer notre condition terrienne – compost-humaine en ce sens-là de nous rappeler que nous sommes du compost, c’est-à-dire là maintenant, et pas seulement quand nous serons mortes, là maintenant nous sommes le site pour le fleurissement d’autres mouvements que les nôtres. Et y’a une conséquence éthique à ça. Si tu te rappelles que t’es du compost, ça veut dire que tes gestes doivent être en conséquence de cette vertu, de cette définition de toi. »
15 décembre
La semaine dernière,
j’ai participé à des échanges sur la création et le handicap
dans un lieu où on pratique la danse.
J’ai rencontré deux tendres guerrières,
Alice et Françoise,
fille et mère.
Je dis guerrières parce que
elles ont refusé une situation injuste.
Elles ont choisi de se battre
pour le droit à la vie,
à la vie bonne,
à la vie ordinaire,
et à la vie en beauté.
Alice est chorégraphe, danseuse, dessinatrice.
Elle nous a offert son livre :
Je suis trisomique mais ordinaire.
Avec Françoise,
j’ai appris les règles de la Langue Facile À Lire et à Comprendre.
J’ai eu envie d’écrire à propos de mon lien avec la question du « handicap » mental
même si je ne suis pas à l’aise avec le mot « handicap ».
Ce texte est inspiré de la Langue Facile À Lire et à Comprendre.
On dit : mon nom c’est Floriane.
J’aime ce nom.
Il me va bien.
Il faut quand même que je fasse attention
à ne pas trop m’identifier à ce nom.
Je suis + qu’une identité.
Je suis autre, toujours.
Je ne me sens pas ‘neurotypique’.
Une personne neurotypique est une personne avec un fonctionnement du cerveau considéré « normal ».
Mais c’est quoi un cerveau normal ?
Je me suis beaucoup sentie ofni parmi les normaux.
Objet flottant non identifié.
Pourtant, je me sens normale.
Je trouve ce que je fais normal.
Je ne savais pas pourquoi
le regard des autres me faisait penser
que ma manière d’agir est anormale.
J’ai fini par revendiquer d’être inadptée.
Je me mettais à l’écart toute seule.
Je ne voyais plus que les différences
entre moi et les autres.
Je n’arrivais plus à me reconnaître.
Sauf dans certaines personnes
qui devenaient tout pour moi.
Et c’était aussi faux.
Je projetais qu’on était les mêmes.
Je n’étais pas ouvertes à leur différence.
Sinon, j’allais être seule au monde.
Je me reconnais dans les témoignages des personnes ‘neuro-atypiques’.
Les personnes neuro-atypiques sont des personnes avec un fonctionnement du cerveau différent de « la norme ».
Mais c’est quoi un cerveau dans la norme ?
Les personnes neuro-atypiques reçoivent un diagnostic de trouble.
C’est un médecin qui donne le diagnostic.
Mais je ne me reconnais pas tout-à-fait.
Ces personnes ont du mal à naviguer dans ce monde.
Ce monde n’a pas été pensé pour leur fonctionnement.
Je m’adapte au monde des valides.
Les valides sont ceux pour qui le monde est adapté.
J’ai plein de masques pour faire semblant.
J’ai plein de techniques de caméléon.
Ces masques me font mal.
Ils sont trop petits pour moi.
Ces techniques m’encombrent.
Elles prennent trop de place.
J’ai passé beaucoup de temps
à apprendre à plaire aux attentes.
J’ai passé beaucoup de temps
à apprendre à anticiper les attentes.
Ça m’a rendu très anxieuse.
C’est impossible de deviner ce que l’autre attend.
Je ne me sens pas neuro-typique.
Mais je ne me sens pas neuro-atypique.
Je crois que tout le monde est neuro-atypique.
Je crois que chaque cerveau est unique.
Je crois que ces mots réduisent le réel.
Je crois que ces mots inventent une binarité.
Qu’est ce qu’un être normal ?
Qu’est ce qu’un être valide ?
Qu’est ce qu’un être typique ?
Le réel n’est pas binaire.
Le réel est multitudes.
Le réel est transformations.
Le réel est entrelacements.
C’est ce que je crois.
Pourtant,
cette binarité est dans mes yeux.
Dans mes yeux à moi aussi.
Mon regard sur moi.
Mon regard sur les autres.
C’est la même chose.
Je suis autre, toujours.
C’est fou d’avoir besoin
de dire qu’on est pareil
ou de dire qu’on est différente
pour sentir qu’on a le droit
d’avoir une place
parmi les autres.
Alors que nous sommes nous.
Nous c’est avec les autres.
Pour recevoir un diagnostic de trouble neuro-atypique,
il faut correspondre à plusieurs critères.
Pourquoi ces critères
et pas d’autres ?
Pourquoi on regarde les gens avec ce filtre
et pas un autre ?
Pourquoi on identifie ces catégories-là
et pas d’autres ?
Je me méfie des catégories.
Je me méfie des identités.
Elles empêchent les transformations.
Elles empêchent la multitude.
Elles empêchent les entrelacements.
Elles empêchent le réel.
Le diagnostic des personnes
pour savoir si elles sont neuro-atypiques
dit qu’elles ont un trouble
ou qu’elles n’ont pas de trouble.
Un trouble.
Un truc flou.
Un truc pas clair.
Un truc qui va pas.
Pourquoi ces critères réunis forment un truc qui va pas ?
Qui va pas pour quoi ?
Pour qui ?
Pour pouvoir faire quoi ?
Pour pouvoir être qui ?
C’est quoi un cerveau normal ?
C’est quoi un cerveau sans trouble ?
Un trouble à l’ordre public
c’est quand des gens dérangent les choses comme elles sont,
par exemple, dans la rue.
Si des gens font du bruit pour manifester leur colère,
les personnes au pouvoir peuvent dire :
c’est un trouble à l’ordre public.
Les personnes au pouvoir n’aiment pas les troubles.
Les personnes au pouvoir aiment quand c’est ‘normal’.
Normal, c’est ce que les personnes au pouvoir aiment voir.
Mais les personnes au pouvoir se trouvent à la fois
normales
et différentes.
Comme tout le monde.
C’est juste elles qui ont le pouvoir
de décider d’un monde
où il y aurait des personnes assez normales
et d’autres personnes trop anormales
pour vivre dans leur monde.
Ça a l’air simple dit comme ça.
Peut-être parce que c’est simple au fond.
Peut-être,
le seul truc fou
c’est de vivre dans un monde
où on a besoin du mot « atypique »
et du mot « trouble »
et du mot « handicap »
pour parler du fonctionnement d’êtres humains.
30 novembre
[question à laisser en suspens]
Si « c’est la fonction de l’artiste de susciter l’expérience de la reconnaissance par surprise : montrer au spectateur ce qu’il sait sans le savoir » (William Burroughs cité par Jonathan Burroughs), que voulons-nous laisser reconnaître ?
19 novembre
Nicolas Mouzet Tagawa, metteur en scène, dans un entretien en avril 2025 :
« Je ne sais pas s’il incombe au théâtre la responsabilité de révolutionner. Peut-être que c’est trop ambitieux?! (Rires) S’il y a une quête, c’est celle de préserver la dignité humaine. Et surtout, rappeler que le mouvement est le fait des personnes. On doit les voir, y compris celles qui sont censées être dans l’ombre. Comme c’est le cas de Britt Roger Sas et David Alonso [techniciens] dans la pièce. Nous devons proposer des émotions éthiques ; celles qui montrent que derrière la beauté, la magie, la transformation et la pensée, il y a toujours des personnes qui s’entraident. »
Myriam Gourfink, chorégraphe, dans une conférence sur Composer en danse :
La composition aujourd’hui serait moins des règles, des contraintes pour générer du mouvement mais :
« Quels sont les processus qu’on invente pour auto-accompagner notre projet et le faire vivre. »
19 octobre
Si ça vous parle cette histoire de s'empêcher de forcer comme nouvelle ligne de conduite, je vous conseille d'aller perdre un peu de temps avec Plein Temps Libre par ici : toutclaquer.org
7 octobre
« Peut-être que mes déplacements circulaires perpétuels sont venus comme une résolution naturelle entre le désir de me propulser continuellement, et la réalité de travailler dans un espace fermé. … Et certainement, les dynamiques de la circulation sont superbes à manier. »
Simone Forti, Handbook in motion, 1974
2 octobre
Résidence à La Minoterie (jour 4)
Ce matin, trop de fatigue. Impossible de me mettre à l’échauffement. Allongée sur le dos, je me demande pourquoi ça veut pas ? S’empêcher de forcer. Au moins ça force pas. Vraiment ? Est-ce que je ne serais pas en train de forcer mon corps à s’échauffer, et qu’il me dit non ? Peut-être que ça a besoin d’autre chose ? Écoute. Peut-être que le corps n’a pas besoin d’échauffement comme hier. Je calque ce qui a marché hier aujourd’hui. Hier, c’était si agréable parce que le corps avait besoin de cette détente. Aujourd’hui, il est fourbu mais déjà prêt. C’est la tête qui a besoin de repos.
La deuxième fois est toujours difficile. Avant de danser, j’ai pioché au hasard une carte des stratégies obliques : « Courage ! »
1er octobre
Résidence à La Minoterie (jour 3)
Toujours la gerbe à force de tourner en rond et mal à la tête.
Pour l’instant, je nage dans mon chaos. C’est assez désordonné et je ne sais pas ce que je fais. C’est bien.
En dansant, je ne me juge pas. J’ai l’impression d’avoir grandi. De chercher autre chose que le beau. J’accepte mes formes laides. Elles me parlent.
30 septembre
Résidence à La Minoterie (jour 2)
Le tracteur s’est arrêté.
Je travaille au rythme des pommes qui tombent.
Être douce avec moi est accessible.
Le vent est bon. Mes pensées sont amies et proues de navires.
Les choses sont calmes, claires, évidentes.
Même le tumulte est apprivoisé. Je suis le tumulte. Je ne suis plus dedans.
Objectif de la semaine : s’empêcher de forcer. Ralentir quand ça presse. S’attraper et prêter attention. Permettre aux choses d’advenir. Écouter. Reconnaître ce qui advient.
29 septembre
Résidence à La Minoterie (jour 1)
Je suis dehors. Il fait soleil.
Le jardin est superbe. Il est plein de chants d’oiseaux.
Il y a ce tracteur qui n’en finit pas de passer dans le jardin d’en face.
Il y a des petites fibres blanches élastiques qui sourdent de mon T-shirt.
Il y a toujours les bombes et l’ignominie à Gaza.
Il y a des amies qui pleurent et continuent de sourire dans ma tête.
Elles me prennent dans leur bras, le sourire large et chaud.
Il y a ma poitrine qui n’en finit pas de s’essorer dans mes yeux.
Il y a du jugement, du jugement, du jugement.
Écrire sans but, écrire mal, écrire moche, petit, fade, commun. Écrire ce qui se passe. Mettre les pieds dans le compost jusqu’aux genoux. Fraterniser avec les décomposeurs. Leur faire confiance, et au temps avec eux. Le temps dont ils ont besoin, c’est le temps dont j’ai besoin.
11 septembre
Envie d’une petite danse en rond, qui traverse plusieurs paysages, plusieurs mécaniques de danse, ou plusieurs danses « lower-cases » – avec une petite radio qui diffuse des sons, des voix, des paroles, et ma danse qui traverse ces paysages de son. Juste ce collage. Juste ce collage. Et peut-être un micro quelque part, pour sortir du cercle et dire. Dire ce qu’il y aura à dire.
2 septembre
Il y a cette envie de libérer la danse du contrôle, du jugement et de l’asphyxie que je lui impose parfois par exigence de qualité envers moi-même.
Il y a cette envie de profiter, d’accepter l’approximation peut-être, pour réouvrir le champ des possibles.
Il y a cette envie de parler dans un micro.
Il y a cette envie de ne pas parler de moi. Me soustraire pour laisser la place à ce qui a besoin d’être entendu.
Il y a ce désir de collaboration avec des gens au son et à l’image.
Il y a ces mots de Rémy Héritier, qui reviennent :
« Comment une chorégraphie peut-elle produire de la disparition ? Comment un acte artistique se fait oublier pour laisser le champ libre à « un bloc de réalité pure » sans renoncer à la fiction ni à la composition ?
Disparaître, ici, c’est se livrer entièrement aux expériences conjuguées du flux, de l’incarnation, de l’intuition et intensifier au maximum les capacités d’attention des spectatrices et spectateurs.
Disparaître, c’est se trouver parmi les choses sans hiérarchie entre soi et l’environnement. »
30 août
Les groupes me tendent. L’organisation collective me réjouit et m’anime.
Les foules m’angoissent. Les relations à deux ou trois ami•es me soutiennent.
La solitude me fait ressasser. Les interactions simples avec des inconnu•es m’apaisent, me sortent de moi-même.
Le Finistère, même sous la pluie, m’aligne. Quelque chose se dépose, a du désir pour être là.
L’isolement est une crainte. Il n’y a pas peut-être pas d’endroit où il y a tout.
17 août
J’ai retrouvé la fraîcheur et le soleil.
Comme si je sortais d’une longue somnolence paralytique.
Le sourire au cœur ouvert.
Merci la vallée des merveilles et les participant•es des rencontres Récréations.
28 juillet
Ce qui me ramène :
Les câlins.
Rire.
Les regards qui aiment.
Recevoir les paroles et l’écoute de personnes, à ce moment, « vraies ».
La compréhension profonde que la vie n’implique pas un objectif qui serait quelque chose comme « être heureuse », et que ce qui compte, ce serait plutôt d’être « présente » à ce qui se présente : être en vie.
Si je considère ce que je fais comme du mouvement, alors le début de mon mouvement est déjà connecté à la fin de ce mouvement. Je ne sais pas encore où il va. Mais je sais qu’il est déjà en train d’aller. Même dans l’incertitude, les peurs, les détours. Même s’il est coupé en route. En un sens, je suis déjà là où il m’emmène, et je peux le vivre comme tel si je l’embrasse à fond.
27 juin
Vivre chaque jour en ressuscitée.
Je me heurte encore à cette impression de ne pas avoir trouvé. L’équilibre.
Et pourtant, ici, face à l’océan et la splendeur des vagues qui s’éclatent sur les rochers de granit, je pense à la chance que j’ai de vivre cette vie-là. J’aurais pu être cette autre, ailleurs, qui chaque jour meurt et voit périr. Je suis elle aussi. Je me sens ressuscitée.
Il y a des choses qui n’ont plus du tout d’importance. Il y a cette sensation de plein, que tout est du bonus. Alors il n’y a aucune urgence, il n’y a rien à gagner de plus. Il suffit de recevoir ce qui se donne immédiatement.
Ça ne dure qu’un bref moment et tu retombes dans tes quêtes.
Parfois, tu ne sais pas comment faire.
Besoin de calme, de temps longs, le temps des cycles.
Lune me parlait de la récolte du sel dans les marais salants. Il faut ratisser lentement pour être efficace.
8 juin
Steve Roden, Lettre à son éditeur à propos de Berlin Fields :
« Fortunately, your offer to do a record for 3 leaves arrived at a shifting point in my work, for i have been making recordings that are much more performance based – field recordings, so to speak – not only recording the landscape as it is, but the landscape as it hosts a human action. a lot of this came about while thinking about rolf julius’ work, and how he managed to situate sound into a landscape without disrupting it… sometimes an artwork overwhelms a landscape and sometimes a landscape overwhelms an artwork, but julius managed to always create a sympathetic relationship between the two.
for the most part i simply wandered around berlin, paris and helsinki, and tried to acknowledge sounds or situations that moved me… and within such moments finding or seeking a small bit of reverie through listening and sound making. sometimes simply hearing a situation was enough, while at others i felt a strong desire to play along… »
7 juin
Vu sur la page du Shakirail (laïus pour un concert nommé « Faut d’la joie ») :
« Du fait de l’épouvantable état catastrophique du projet de liquidation des services publics auprès du secteur privé, il est désormais obligatoire de réussir sa vie et de hurler yaaouuu en laissant triompher l’amour dans la grosse prise murale de la machine à exister universelle. »
6 juin
« Comment une chorégraphie peut-elle produire de la disparition ? Comment un acte artistique se fait oublier pour laisser le champ libre à « un bloc de réalité pure » sans renoncer à la fiction ni à la composition ?
Je fais l’hypothèse que la danse n’est jamais cette chose qui s’agite dans les corps sous nos yeux. On ne voit pas la danse, on la fabule. Pareil au pistage animal, ce que l’on voit et entend n’en est que la trace, attestant de son passage comme de sa disparition.
Disparaître, ici, c’est se livrer entièrement aux expériences conjuguées du flux, de l’incarnation, de l’intuition et intensifier au maximum les capacités d’attention des spectatrices et spectateurs.
Disparaître, c’est se trouver parmi les choses sans hiérarchie entre soi et l’environnement.
Une forme brève est alors un flux ininterrompu de danse, de musique, de lumière, de voix mettant en présence des forces contraires, voire contradictoires, pour basculer dans des actions résolument concrètes. »
Rémy Héritier, à propos de son solo : Une forme brève
<3

Vija Celmins, Sans titre (Ocean), 1973
5 juin
Ai retrouvé cette note d'octobre 2024 (à propos d'un projet de film) :
La vie fait du montage, tout le temps.
L’idée c’est juste de rendre ce montage, de le faire voir. À partir de scènes vécues. De petits riens. Cadrer la beauté des coïncidences minimes.
Rendre aussi l’état de contemplation : trains, attente, marche, transports en commun. Observer le changement permanent de l’espace autour. Être comme au cinéma dans la vie de tous les jours.
Aussi un état de langueur. Où le désir est disponible. Un état de curiosité et d’abandon à l’autour du corps.
4 juin
so much depends
upon
a harmonica
played in a
stilled train
while drunks are
noisy.
Steve Roden, 365x433
october 15, 1:13 a.m.,
kottbusser station, berlin
3 juin
Finalement, le solo en cours de recherche s’appellerait : géographie de l’aller-retour (round-trip geography).
J’y marche en rond.
Vu le mois dernier : D’Est, Sud, De l’autre côté de Chantal Akerman.
Il y a des écritures comme ça, ça te parle au creux, de tout ce qui s’est stratifié en toi depuis le début de ton existence tangible. Peut-être même avant. Elle dirait ça peut-être elle. Elle le dirait en tout cas avec cette honnêteté de dire peut-être. Elle a le sens de l’histoire des peuples, et la délicatesse de ne pas en faire une histoire d’identité.
J’adore l’usage qu'elle fait de la musique. À peine perceptible, une petite mélodie qui s’insère dans les bruits parasites du dispositif, les sifflements du micro, du travelling, dans les sons de l’environnement, synchrones ou pas. Juste un petit fragment de musique, dont tu ne sais plus bien si tu l’as entendu et ce que c’était, si ça sortait d’une radio ou de là où la caméra passait, juste le sentiment qu’il y avait une musique.
Pourquoi cette émotion à chaque fois de voir les gares, les trains, les bus, les tramways, les gens qui marchent dans la rue pour aller ou revenir quelque part ? (Je pense à Pialat, Akerman, Angelopoulos, Marker, Varda, Hou Hsio-Hsien…) Il y a une errance qui est le contraire d’une errance. Tout le monde a « quelque chose à faire », « quelque part où aller ». C’est une très grande chorégraphie improvisée, où personne ne se soucie de « bien faire », ou bien paraître. Tout concoure, sans le chercher.
« Et si nous voulons témoigner en faveur de cette force, nous devons l’utiliser en chacun dans le sens de sa plus grande solitude. Puis il y a de solitaires, plus solennelle, émouvante et puissante est leur communauté. »
C’est le côté cosmique de la plus quotidienne banalité.
14 mai
Beckett, Cap au pire. (offert par Ch.) :
Il me parle de quelque chose de moi en ce bout de maintenant, mes danses de marches en rond, les rythmes qui font et défont, et aussi de mes gardes qui apprennent à me laisser être dedans ce qui a l'air pire. Aucune résistance ne me sert, pas contre ce qui est en moi-même : de là grand mouvement, de là se fait le vide, nouvelle vie. Bonus de vie.

Samuel Beckett, Cap au pire (traduction Edith Fournier)
9 mai
Suite et fin de : Rainer Maria Rilke, Notes sur la mélodie des choses (offert par Lô)
(il plaide pour un nouveau théâtre en 1898, plus proche de réalité profonde de la vie)
XXXVI
Une fois qu’on a découvert la mélodie de l’arrière-fond, on n’est plus indécis dans ses mots ni obscur dans ses décisions. C’est une certitude tranquille née de la simple conviction de faire partie d’une mélodie, donc de posséder de plein droit une place déterminée et d’avoir une tâche déterminée au sein d’une vaste œuvre où le plus infime vaut exactement le plus grand.
XXXVIII
Mais tout élément commun présuppose une série d’êtres isolés distincts. Avant eux, ce n’était qu’un tout dénué de rapport, donc face à lui-même. Il n’était ni pauvre ni riche. Dès l’instant où certaines de ses parties prennent leur distance d’avec l’unité maternelle, il entre en opposition avec elles ; car c’est en s’éloignant de lui qu’elles se développent. Mais il ne les lâche pas des mains. La racine a beau tout ignorer des fruits, il n’empêche qu’elle les nourrit.
XXXIX
Et nous sommes comme des fruits. Nous pendons haut à des branches étrangement tortueuses et nous endurons bien des vents. Ce qui est à nous, c’est notre maturité, notre douceur et notre beauté. Mais la force pour ça coule dans un seul tronc depuis une racine qui s’est propagée jusqu’à couvrir des mondes en nous tous. Et si nous voulons témoigner en faveur de cette force, nous devons l’utiliser en chacun dans le sens de sa plus grande solitude. Puis il y a de solitaires, plus solennelle, émouvante et puissante est leur communauté.

Etienne-Jules Marey, Mouvements de l'air à la rencontre d'une barre
23 avril
Là il est 1h du matin.
Ce matin (c’est-à-dire hier), j’ai découvert le blog de Quentin et celui d’Antoine.
C’était super. Super beau et simple.
Ça m’a redonné envie de tenir ce journal en ligne.
Quentin appelle ça les « relevés ».
Antoine, « la résidence continue ».
Moi j’appelle ça les cueillettes.

Maiden picking flowers by a stream, John William Waterhouse, 1911
Merci Quentin.
21 avril
se souvenir de la grande droite de la présence
ma présence en 2D infinie
se souvenir du point d’intersection de toutes les droites
qui peut être tous les points de l’espace qu’occupe, par exemple, mon corps
et de l’infime taille de ce point : la dimension une
qui me fait accéder au rien – entre chaque point de matière
à la danse illisible entre le néant et la multitude du quelque chose
– qui ressemble à de la neige de signal sur les écrans cathodiques
où le blanc et le noir se chassent ou se mangent constamment
c’est ces béances que tu renverses
ici en portant ton prochain geste.
je m’assois dehors pour lire Rilke : Notes sur la mélodie des choses
I
Nous sommes au tout début, vois-tu.
Comme avant toute chose. Avec
Mille et un rêves derrière nous et
sans acte.
III
Nous en sommes encore à peindre les hommes sur fond d’or, comme les tous premiers primitifs. Ils se tiennent devant l’indéterminé. Parfois de l’or, parfois du gris.
IV
Cela se comprend. Pour distinguer les hommes, il a fallu les isoler. Mais après une longue expérience il est juste de remettre en rapport les contemplations isolées, et d'accompagner d'un regard parvenu à maturité leurs gestes plus amples.
.
20 avril
Aujourd’hui c’est dimanche.
J’avais oublié qu’il y avait un dimanche.
Hier c’était un samedi comme un dimanche, alors je pensais que la nuit nous mènerait au lundi, tout logiquement.
C’était un lundi de Pâques – j’aurais pu le prendre comme un dimanche. Un jour en plus.
Finalement, le lundi comme un dimanche c’est demain et dimanche aujourd’hui, et je ne sais plus lequel des deux, du lundi comme un dimanche ou du dimanche resurgi, prendre comme un jour en plus.
1er avril
note retrouvée pour une recherche de solo
cette histoire de la terre, du rapport du corps à la terre, à quelque-part, qu’est-ce que ça veut dire venir de quelque-part ? moi mon quelque part est imaginaire, puisque j’ai l’impression de venir de nulle part. mais il y a ce train, ce fleuve, ces fumées, je viens de la mobilité. ça veut dire quoi venir de la mobilité ? est-ce que c’est pour ça que je danse à partir de la marche en ce moment ? C’est beau la marche, c’est le degré 0 de la danse. et de toute danse traditionnelle. c’est quoi une danse traditionnelle ? c’est quoi le lien entre une bourrée berrichonne et un lérose de Guadeloupe ? c’est quoi danser depuis la terre ? et c’est quoi la relation première ? et comment l’expression arrive là-dedans ?
20 mars
"Parlons-nous ! Il est urgent de dépasser l'étape de la solidarité pour rétablir le rôle polémique si riche de nos collaborations. [...]
Avoir le souci de l'art, ça pourrait être accepter de s'engueuler. Ça pourrait être faire un souffler un vent libérateur dans chacun de nos actes, apprendre à dire non aux pouvoirs qui signifient ce que nous devrions faire et comment nous devrions le faire. Il est temps de mettre en lumière – pour s'en inspirer – les pratiques de tout bords qui luttent contre cette dépendance et s'inquiètent de l'assujettissement de leurs activités aux pouvoirs financiers et institutionnels. Il y en a beaucoup ! (Nous sommes les experts !)
[...] il nous faut engager un rapport de force qui nous rende la maîtrise de nos productions avec des effets concrets sur nos propres conditions de vie, et sur celles de ceux auxquels nous nous adressons. Alors œuvrons à une incision collective, si petite soit-elle."
Maguy Marin, « Métier ? Danseuse », Maguy Marin in. Théâtre/Public no. 242 « Que crèvent les artistes ? », 2022
Maguy <3
28 février
Saoulée de dire « j’ai plusieurs casquettes ». Moi je ne mets pas de casquette. J’ai juste des cheveux qui changent de couleur avec la lumière.
19 février
Hier, je me suis (re)dit, deux fois :
toute pratique requiert une virtuosité
et cette virtuosité s’acquiert par la pratique.
D’abord, en voyant une vidéo de répétition d'une pièce qui s'appelle "Beauté Batârde" (pas le teaser, un moment plus brut) – un mec rape, avec hargne de tous ses bras, avec la gravité de sa voix, et derrière un couple longiligne danse un tango lent, étrangement fondus l’un dans l’autre, comme deux mantes religieuses.
Ensuite, en revoyant les ciné-lettres de Mâ. L'une d'elle commence par un collage d’un film de Chris Marker avec une pièce de Maguy Marin, un gros plan de papillon, et Phase de Keersmaeker.
On ne se passe pas de la virtuosité
si c’est bien ce qui fait le sel
Le truc c’est de trouver sa propre virtuosité
qui vient je dirais de l’amour, de l’offrande à cette pratique
de sa curiosité, ses capacités, son temps et sa confiance.
au passage du 14 au 15 février
note d'amour à moi-même :
Tu as les moyens
(Simplicité)
Tu sais les vents
14 février
Lune m’a dit : tu as besoin de changement on dirait
Elle m’a dit qu’elle, c’était cyclique
tous les trois ans environ
Cette fois c’était son appartement
qu’elle adorait, cet appartement, mais ça devenait physique :
elle se sentait étriquée dedans, comme si les murs se refermaient
et qu’il y avait de moins en moins de lumière qui rentrait dedans
Elle tombait toujours malade
Et depuis qu’elle a déménagé : aucune maladie de l’hiver !
alors que tout le monde ploie sous les covid et les grippes
moi y compris.
13 février
Ce matin je me suis réveillée, et je n’étais pas morte. Le requiem de Mozart dans ma tête hier soir n’était pas un signe.
12 février
Message à Ch. – À propos de bouts de murs, de miroirs et de fenêtres
Page cueillie au cours de ma lecture de Vivre avec le trouble de Donna Haraway, lecture qui me réjouit, me terrifie et m'impressionne en même temps. Ou comment se regarder honnêtement dans un miroir sans détourner les yeux, accepter de fondre en larmes, puis s’arrêter naturellement parce que tout a été pleuré, qu'au sol l'eau est calme, et qu'on a vu dans le reflet derrière, de la fenêtre ouverte, un bout de ciel, et qu'un oiseau dedans a filé.
Baila Goldenthal, Desert wall #6
4 février
Dans le train de Paris à Toulon
On a traversé le brouillard épais et maintenant
c’est tout doré d’hiver, avec fumées et rivières blanchies
Moi je file à travers les plateaux obliques
et bruns, et la Terre bouge doucement
en dessous d’elle
4 février
Emma Bigé, dans le podcast BeauBizarre :
" Mon âme vibre plus fortement avec la danse comme milieu d’étude que comme spectacle à proprement parler.
Je crois fort au studio. J’aime fort le studio comme lieu de déploiement du chorégraphique dans ce qu’il a de plus puissant, à savoir la proposition qu’on pourrait, peut-être, arriver à se pirater les perceptions. Qu’on pourrait, peut-être, arriver à désapprendre tout ce que le capitalisme racial nous a appris à penser de nous et à faire de nous. Tous les gestes qui nous tombent dessus, toutes les chorégraphies qui nous tombent dessus – en raison de sexe, race, classe, capacités – qui disent ce dont nous sommes capables. Et je crois que les danseur·euses (en tout cas un certain nombre d’entre elleux) emploient le studio comme cet espace dans lequel on peut se désapprendre.
Et moi j’avais fort à cœur, dans cette exposition du Musée de la danse, de manifester cette dimension de l’étude. Donc pas montrer le spectacle, pas montrer la chose finie, pas montrer le corps compétent – qui est souvent le sommet de l’iceberg quand on montre ce que fait la danse, sur la scène, le mouvement léché etc. – mais montrer ce qui précède cela, à savoir le moment où on essaye de faire trembler ce que c’est d’être une chair dansée.
Une des œuvres de la danse c’est faire remonter à la surface, sous le vernis des mouvements volontaires que nous produisons bien proprement dans la socialité ordinaire, – qu’est ce qui se passe si on peut voir – le tremblement de ce qui nous meut et qui n’est pas seulement de notre décision.
On peut aussi étendre : on est traversés par des tas de flux – parfois problématiques : des flux de pollution, idéologiques (parfois dont on aimerait bien se débarrasser mais ils sont collés à nos rétines, à nos représentations) – des flux qui nous bougent, qui nous font faire des trucs parfois on se demande pourquoi on les fait, et qui en même temps font notre matière, qui viennent s’ancrer dans les muscles, dans les veines, dans les articulations, au point de rendre nos mouvements possibles.
Soma, en grec ancien, ça signifie le corps-cadavre. Pour la pensée grecque, il est probable (certaines analyses comme celle de Foucault disent cela) qu’il n’y ait tout simplement pas de corps, au sens de créature qui serait séparé de ton esprit.
Tout ce qu’il y a c’est des mouvements, des manières d’exister dans le monde, des gestes, des humeurs, des choses qui nous traversent. Du coup, ils ont un seul mot pour dire corps et ça veut dire cadavre. C’est à dire qu’il y a un seul moment ou il y a un corps et c’est le moment où il y a plus de vie dedans. Le reste du temps, y’a pas de corps. Ce qu’il y a c’est une vie, un mouvement, une fête… enfin je sais pas comment dire [rit]. "


New Book, Simone Forti
18 janvier
Message à Mâ. :
Aujourd’hui, je ne fais rien. Ou plutôt j’ai l’impression de ne rien faire : je me laisse aller uniquement à ce que ma présence veut bien faire d’elle-même. Et je me coule dans cette sensation de paresse avec beaucoup de volupté. Un petit singe rieur que j’abrite quelque part est très satisfait. Je me borne à le servir avec la plus grande dévotion. Dès que je sens ma fourmi besogneuse s’activer pour accomplir quelque tache utile, je prends soin de me dévier de ses rondes et donne ma lenteur en offrande à ma déesse du jour.
Extraits d'entretien avec Maxime Kurvers dans Mouvement :
« Si je travaille le théâtre par le théâtre, c’est qu’à mes yeux le « sujet-théâtre » – par son dispositif, son organisation, sa division du travail, sa générosité, ses violences –, est déjà signifiant. Et que le théâtre n’est peut-être jamais plus légitime pour parler du monde que lorsqu’il s’intéresse à sa propre organisation. »
« Quand j’ai commencé à travailler dans le théâtre, je l’ai fait avec le sentiment d’arriver au carrefour de plusieurs fins : fin de la décentralisation culturelle, fin du théâtre post-dramatique, fin de certaines œuvres (Pina Bausch, Claude Régy). Et c’est ce vertige de fin de séquence qui a engendré ces travaux sur l’histoire du théâtre. J’ajoute à ce vertige une idée désormais dévaluée du théâtre, dans un contexte où les services publics sont annoncés comme obsolètes, outranciers, iniques, inutiles et qu’ordre est donné de les privatiser.
Le vrai problème ça n’est donc pas celui de la chapelle « théâtre de recherche » – qui depuis que je la fréquente a toujours pris des coups –, mais le processus de prolétarisation imposé sans état d’âme aux travailleur·euses du théâtre de service public dans son ensemble. Pour l’instant, je ne vois que trois solutions : la première, aller directement vendre ses spectacles à Hermès ou Van Cleef & Arpels – mais sur ce point j’ai fait vœu de pauvreté. La deuxième, faire sécession, et par sécession j’entends : ne plus produire d’art et aller plutôt faire de l’agriculture, ce que je n’exclue pas. La dernière : affirmer qu’on meurt de solitude et essayer de trouver encore un endroit pour ne pas être seuls. »
« Le théâtre que l’on connaît aujourd’hui peut changer : chaque époque trouve un chemin pour y inventer son art – et dans le même battement, sa révolte. Face à une époque qui annonce et performe la catastrophe, il n’y a pas de raison que le théâtre – qui devient par conséquence un théâtre de l’effondrement – n’ait à embrasser les nouvelles peurs, les nouvelles croyances, les nouveaux espoirs que cet effondrement nous amène. »
« Si les gestes d’Okina ont encore une fonction curative au Japon, ce rapport au théâtre n’est en Europe plus vraiment possible. Pourtant, en la convoquant, j’en appelle à notre capacité à raviver ce type de croyance théâtrale. Ça n’est pas forcément quelque chose de mystique, mais plutôt un chemin possible pour l’art de s’opposer à l’idée même de catastrophe. »
15 janvier
Chantal Akerman, à propos de Sud, 1999 :
« … ce qui continue à m’obséder : l’histoire, la grande, la petite, la peur, les charniers, la haine de l’autre, de soi, et aussi l’éblouissement de la beauté. »
13 janvier
On laisse trop les fabricants de luminaires standards sculpter notre lumière.
