
spectacle chorégraphique pour arènes éphémères, 2026
de Floriane De Gracia avec Zoë De Sousa et Matthieu Fuentes
Ça commence comme un duel dans un film de western. Elles se tournent autour. Les yeux dans des les yeux, sans relâche. Elles se jaugent, se cherchent, à l’affût du moindre geste de l’autre, prêtes.
Inlassablement, les bottes heurtent le sol à l'unisson, lourde ritournelle qui charge l'espace, trouble les silences. Tendu, leur manège vibratile s’épuise dans un grand tournoiement, où s'invente le langage grave d'un jeu d'enfants.




chorégraphie de Floriane De Gracia
en collaboration avec
à la danse Zoë de Sousa
au son Matthieu Fuentes
avec le regard de Lotus Eddé Khouri
durée : 30 minutes
lieux partenaires :
Théâtre Jean-François Voguet de Fontenay-sous-Bois / Anis Gras Le lieu de l'autre, Arcueil / Le Silo de Méréville, Essonne / Le Dansarium, Essonne / Le Hangar de Penguel, Finistère / Le Mallouestan, Calvados / Lisière en Vercors

L’autre est le soleil est une pièce d’atmosphère et d’écoute. Nous-mêmes, les deux danseuses et le compositeur, ne savons pas ce qu’il va se passer, qui va bouger en premier, quel son va intervenir, qui va donner l’impulsion du mouvement suivant.
Conçues en fil tendu pour soutenir une électricité continue, les partitions chorégraphique et sonore sont structurées en négatif l’une de l’autre. Lorsque le mouvement est dense, le son est réduit, et inversement. À l’intérieur, les trois interprètes réagissent au présent. Les décisions sont prises sur le vif.
Les règles du jeu visent à créer une situation de contrainte extrême : ne jamais se quitter des yeux, ne se déplacer que dans l’orbite l’une de l’autre, ne jamais briser l’élastique qui maintient les corps dans une empathie physique radicale. La danse naît de cette surcharge émotionnelle, comme un moyen d’échapper à l’autre, de communiquer ou de trouver une tendresse à même l’intensité de la relation.
Les décisions sont prises à vue : pas d’obscurité, impossible de tourner le dos au public disposé à 360˚. Le compositeur est présent au sein de cette arène : son matériel et ses gestes sont visibles. Le public est lui-même partie prenante du cercle et confronté aux regards d’en face.
À l’origine, il y a un besoin d’aller chercher la danse à l’os. Danser dans un désert d’images, vider l’esprit des références réflexes et banques de représentations connues. Danser uniquement la vérité crue des mouvements intérieurs qui ont lieu dans la rencontre à l’autre.
J’ai adapté pour le corps un protocole d’improvisation inspiré de la méthode de théâtre Meisner, une technique fondée sur la répétition qui ne se pratique qu’en duo, les yeux dans les yeux. Le but, c’est de rentrer dans une sorte de phase, d’être complètement avec l’autre. Au bout d’un moment, l’intensité de la relation est telle que des impulsions spontanées jaillissent. Le mouvement provient d’une nécessité.
Ce qui s’est joué et cristallisé entre nous deux à mesure des improvisations successives a dicté la danse. Une danse qui joue à déplacer une tension dans l’espace et dont l’émotion se lit sur les visages, portails d’accès aux mouvements viscéraux des corps, à leurs réactions vitales.
J’ai eu envie que le public soit placé tout autour, formant l’arène qui permet à la performance d’avoir lieu, pris dans l’espace chargé par la concentration des regards.
Un peu comme si on proposait au public de rentrer à l’intérieur d'un film, en plein climax, à vivre en direct le suspense avant l’attaque. Ou alors, comme si on transportait le film au milieu d’un environnement bien réel.
C’est cette friction entre le réel (le présent) et la fiction qui m’intéresse. Le jeu doit se dérouler quelque part, hors du théâtre illusionniste, là où on ne peut pas couper par un noir plateau.
Ici, à pleine vue, que se passe-t-il si le conflit ne peut pas être résolu par une victoire ? Qu’est-ce que l’étirement du temps fait à cette confrontation ? Qu’est-ce que la danse fait au duel ?
Le dispositif sonore est réparti en quatre points autour du public afin de créer une diffusion circulaire. Des bruits quotidiens, spatialisés et diffusés à un volume parfois très discret, se mêlent à ceux du lieu en laissant de la place à la musicalité des pas des danseuses, dont les bottes deviennent des instruments percussifs.
Comme les déplacements circulaires inlassables de la chorégraphie, le son ne se pose pas non plus. Bien que familiers, les bruits ne permettent pas de fixer un paysage identifiable : ils donnent l’impression d’être quelque part qui dit quelque chose. De ce faux silence, émerge une lente montée, qui plonge progressivement dans l’intériorité du duo. Des sons vibratoires aux fréquences très basses, ou au contraire très hautes, saturent les hauteurs de l’espace que les corps dansants n'occupent pas.
À côté du compositeur, une petite radio au timbre analogique oriente parfois la perception vers un point précis de l’espace. Triangulant la relation duelle, elle devient une sorte de troisième corps, et de troisième voix.
3 personnes en tournée / public au plateau à 360˚/ espace plat 7 mètres de diamètre
Son : 1 console de régie son, 4 enceintes + 2 sub + alimentation et passes-câbles
→ demander la fiche technique détaillée
Floriane De Gracia – chorégraphe-interprète
Entre scène et cinéma, Floriane De Gracia chorégraphie, danse, réalise et accompagne l'écriture de films et de spectacles. Formée en danse classique et contemporaine, elle a été l'assistante des chorégraphes Lotus Eddé Khouri et Christophe Macé. Sa pratique s’appuie aussi sur deux travaux de recherche aux Universités Paris 7 et 8 : sur les croisements entre danses populaires et formes scéniques, puis sur la transposition du mouvement dansé pour l'écran.
Cinéaste, elle a co-réalisé plusieurs films où la danse interroge la place de celles et ceux qui la regarde. Dramaturge, elle accompagne l’écriture de films de fiction ou documentaires. Danseuse-chorégraphe, son travail est habité par les questions de la co-présence de la danse et du son, de la place du public, et du lieu de la danse : d’où elle vient, et où elle se déploie.
Zoë De Sousa – interprète-collaboratrice artistique
Danseuse-chorégraphe, Zoë De Sousa crée des danses-chants travaillées par un lyrisme viscéral, à la fois brut et ciselé. Au sein de la jeune compagnie du CNSMD de Paris, elle travaille comme interprète pour Dominique Brun, Jérôme Bel et reprend le solo de la chorégraphe islandaise Erna Omarsdottir « IBM 1401 ». À l’issue d’un Master de recherche où elle reçoit l'accompagnement de Myriam Gourfink et Pauline Le Boulba, elle crée Peaux - Troisième Hymne, un spectacle pour sept interprètes, et devient artiste associée de l’Espace Pasolini à Valenciennes en 2021.
Aujourd’hui, investie dans la création à la fois comme interprète (pour Anne Collod ou Mylène Benoît) et chorégraphe, elle crée en 2024 Le Soupir du Sable, un duo chanté-dansé avec son père Philippe De Sousa, guitariste de fado, où elle revisite un héritage personnel du chant traditionnel portugais qui a bercé son enfance.
Matthieu Fuentes – créateur sonore
Compositeur, technicien son et performeur, Matthieu Fuentes fait de la Musique Concrète : il s’intéresse à ce que l’enregistrement et la diffusion font à notre corps et notre mémoire. Proches d'un « cinéma pour l’oreille », ses compositions et albums ont une dimension narrative. À partir de différents microphones, supports (ordinateur, bande magnétique, cassettes) et autres machines analogiques, il construit des espaces jouant sur la perception, entre familier, monstrueux, intimité domestique et environnements extérieurs.
Diplômé de la Haute École des Arts du Rhin, son approche du son est plastique. Il collabore avec des artistes de divers champs – théâtre, danse, performance, art vidéo ou cinéma. Les dispositifs sonores qu’il invente, combinent souvent diffusion spatialisée et objets « parlants », enceintes portables, lecteurs cassettes, sonnettes, synthétiseurs… comme autant de personnages qu’il met en scène.
étape de travail filmée à Lisière-en-Vercors en juin 2025
réalisation, images : Alexis Braun / cadreur : Sylvain Arrivé
photographie noir et blanc : Lucie Vidal
Autour. Se tournent autour. Elles deux. Autour, elles deux tournent. Prêtes, se cherchent. Elles. À l’affut, prêtes à. Le moindre geste. Le moindre geste. De l’une. À l’autre.
Inlassablement. Autour. Autour, tournent. Prêtes à. Elles deux. Les yeux dans les yeux. Sans relâche.
Comme un duel dans un film de Sergio Leone. Au début. À la fin. Après plus. Mais toujours tournent. Toujours sauf quand ça s’arrête. Mais toujours après. Duel mais en boucle. Et puis long. Et puis stops.
Tournent et puis. Stops. Tournent Stops. Tournent tournent. Et puis. Tournent stops en boucle mais long et puis court mais long toujours. Marchent toujours. Sauf quand ça s’arrête.
Inlassablement. Elles deux. Les yeux dans les yeux prêtes à. Sans relâche. Elles deux sans relâche.
Les bottes, inlassablement. Heurtent. Heurtent. De l’une. À l’autre. Elles deux, heurtent. Comme une lourde ritournelle, au début. À la fin. Après plus. Mais toujours sauf quand ça s’arrête. Et puis quand même. Troublent leurs silences. Heurtés. Les bottes. De l’une. À l’autre.
À l’autre. Prêtes à. Le moindre geste. Le moindre. De l’une. Heurtent. Elles deux. Inlassablement. Marchent sauf quand. Et puis quand même. Et puis stops. Heurtés. Troublent leurs silences. De l’une à l’autre. Toujours elles deux. Prêtes à. Sans relâche, elles deux. Les yeux dans les yeux. Au début. À la fin. Et puis long.
Inlassablement. Les yeux. De l'une. À l'autre. Les yeux dans elles deux. Nous autres. Nous. Autour.
Floriane De Gracia