
spectacle chorégraphique pour public en cercle
de Floriane De Gracia avec Zoë De Sousa et Matthieu Fuentes
Elles se tournent autour. Les yeux dans des les yeux, sans relâche. Leurs pas résonnent à l’unisson, chargent l'espace, troublent les silences. Les corps s’approchent, s’éloignent, s’arrêtent, s’efforcent de tenir ensemble. Le temps s'ouvre. L’air est plein.
L’autre est le soleil est une performance de quarante minutes où, liées par le regard, deux présences se retrouvent entièrement exposées l’une à l’autre.



chorégraphie de Floriane De Gracia
en collaboration avec Zoë de Sousa
création sonore de Matthieu Fuentes
merci à
Lotus Eddé-Khouri (pour le conseil dramaturgique)
Alexis Braun (pour le regard filmé ou non)
Liza Weinland (pour les costumes)
Christophe Macé (pour les retours sensibles)
durée : 40 minutes
production ULU
avec le soutien de
Théâtre Jean-François Voguet (Fontenay-sous-Bois, 94), Anis Gras (Arcueil, 94), Le Silo (Méréville, 91), Les Bords de Seine (Juvisy-sur-Orge, 91), Le Dansarium (Ste Geneviève-des-bois, 91), Lisière en Vercors
merci aussi au Hangar de Penguel (Finistère) et au Mallouestan (Calvados) pour l'accueil
Ce travail est issu d’une recherche menée en 2024-2025.
À l’origine, il y a un besoin d’aller chercher la danse à l’os. Danser depuis un désert d’images, vider l’esprit des références réflexes. Travailler uniquement à partir de la vérité crue des mouvements intérieurs qui ont lieu dans la rencontre à l’autre.
J’ai adapté pour le corps un protocole d’improvisation inspiré de la méthode de théâtre Meisner, une technique fondée sur l’observation de l’autre et la répétition, qui ne se pratique qu’en duo, les yeux dans les yeux. Les règles du jeu chorégraphique créent une situation de contrainte extrême : ne pas se quitter des yeux, ne se déplacer que dans l’orbite l’une de l’autre, ne jamais briser la connexion qui relie invisiblement les corps.
Tenir le protocole de mouvement dans la durée et en silence fait rentrer dans une sorte de phase : on se retrouve complètement avec l’autre. C’est une expérience rare dans le quotidien, et très intense. La relation charge l’espace. Toute variation devient sensible, infléchit l’épaisseur de l’air. Maintenir cette tension fine, ne rien surajouter mais soutenir les transformations et circulations des états de présence : tout l’enjeu de l’écriture de la danse et du son est là.
Le bruit de nos bottines qui heurtent le sol est devenu l’élément premier avec lequel nous composons. Le pas est légèrement plus lent qu'attendu, la marche régulière. Les variations rythmiques (s’arrêter, repartir, accélérer, ralentir, taper le sol, feinter) viennent de la manière dont la situation nous affecte, comme un moyen d’échapper à l’autre, de trouver du jeu, ou de se fondre dans la durée, à même l’intensité de la relation. La création sonore – toute une gamme d’air soufflé et de fréquences oscillatoires allant du faux-silence à la saturation – soutient cette intensité ou en décale la perception.
Les décisions sont prises à vue : pas d’obscurité, impossible de tourner le dos au public disposé tout autour, au plus proches des visages, poreux aux réactions provoquées par la surcharge émotionnelle. Le public lui-même est partie prenante du cercle, confronté aux regards d’en face.
40 minutes
public au plateau à 360˚
jauge ~ 120 personnes
lieu calme (où il est possible de faire le silence)
avec un plancher (hangar, grange, parquet de bal, salle de réception, hall… ou plateau de théâtre avec lumière)
dimension plateau : min. 6 mètres de diamètre + public
son en quadriphonie (4 enceintes + 2 sub)
3 à 4 personnes en tournée : 2 artistes chorégraphiques, 1 compositeur + 1 créatrice lumière si jeu sur plateau
→ demander la fiche technique détaillée
Floriane De Gracia – chorégraphe-interprète
Entre scène et cinéma, Floriane De Gracia chorégraphie, danse, réalise et accompagne l'écriture de films et de spectacles. Formée en danse classique et contemporaine, elle a été l'assistante des chorégraphes Lotus Eddé Khouri et Christophe Macé. Sa pratique s’appuie aussi sur deux travaux de recherche aux Universités Paris 7 et 8 : sur les croisements entre danses populaires et formes scéniques, puis sur la transposition du mouvement dansé pour l'écran.
Cinéaste, elle a co-réalisé plusieurs films où la danse interroge la place de celles et ceux qui la regarde. Danseuse-chorégraphe, elle travaille en étroite collaboration avec d’autres artistes à des formes plutôt intimistes, habitées par les questions de la co-présence de la danse et du son, de la friction entre réel et fiction, de la place du public et du lieu de la danse : d’où elle vient, et où elle se déploie.
Zoë De Sousa – interprète-collaboratrice artistique
Danseuse-chorégraphe, Zoë De Sousa crée des danses-chants travaillées par un lyrisme viscéral, à la fois brut et ciselé. Au sein de la jeune compagnie du CNSMD de Paris, elle travaille comme interprète pour Dominique Brun, Jérôme Bel et reprend le solo de la chorégraphe islandaise Erna Omarsdottir « IBM 1401 ». À l’issue d’un Master de recherche où elle reçoit l'accompagnement de Myriam Gourfink et Pauline Le Boulba, elle crée Peaux - Troisième Hymne, un spectacle pour sept interprètes, et devient artiste associée de l’Espace Pasolini à Valenciennes en 2021.
Aujourd’hui, investie dans la création à la fois comme interprète (pour Anne Collod ou Mylène Benoît) et chorégraphe, elle crée en 2024 Le Soupir du Sable, un duo chanté-dansé avec son père Philippe De Sousa, guitariste de fado, où elle revisite un héritage personnel du chant traditionnel portugais qui a bercé son enfance.
Matthieu Fuentes – créateur sonore
Compositeur, technicien son et performeur, Matthieu Fuentes fait de la Musique Concrète : il s’intéresse à ce que l’enregistrement et la diffusion font à notre corps et notre mémoire. Proches d'un « cinéma pour l’oreille », ses compositions et albums ont une dimension narrative. À partir de différents microphones, supports (ordinateur, bande magnétique, cassettes) et autres machines analogiques, il construit des espaces jouant sur la perception, entre familier, monstrueux, intimité domestique et environnements extérieurs.
Diplômé de la Haute École des Arts du Rhin, son approche du son est plastique. Il collabore avec des artistes de divers champs – théâtre, danse, performance, art vidéo ou cinéma. Les dispositifs sonores qu’il invente, combinent souvent diffusion spatialisée et objets « parlants », enceintes portables, lecteurs cassettes, sonnettes, synthétiseurs… comme autant de personnages qu’il met en scène.
à écouter au casque de préférence (les fréquences basses sont inaudibles sur un ordinateur)
crédits images : Lucie Vidal (couverture), Alexis Braun (photo 2 et 3) Sylvain Arrivé (gros plan)
teaser filmé à Lisière-en-Vercors, par Alexis Braun et Sylvain Arrivé
« C'est une danse entre deux humaines : habillées pareil, aux corps vaguement semblables, aux visages bien différents. La bouche plus grave a des yeux ronds et la bouche plus tendre a les yeux rieurs. Leurs trajectoires forment un cercle sans cesse déformé : ovale, spirale et rayons. Nous formons le cercle fixe qui les retient.
Pas de contact physique, le fil entre elles est tenu par leurs regards. Le fil ne se rompt jamais ou alors juste une fraction de seconde. Leurs gestes oscillent entre mime et fuite. L’air souffle, l'air glisse entre les deux humaines aimantées.
Le rythme de la danse nous fait sortir du temps : il n'est plus qu’accélérations et ralentissements. On se demande : est-ce bien le jeu consenti et équilibré qu'il y paraît ? Parlent-elles entre elles ? Se sont-elles mises d'accord pour nous envoûter ? Le bruit de leur pas nous entraîne, pas comme une marche militaire, mais plutôt comme un pouls. Le parquet craque sous leur pas franc et inflexible.
Les humaines semblent se dire en silence :
Je suis là, toujours trop loin pour te toucher, mais toujours à portée de vue.
Je ne fais qu'ajuster la distance, je ne m'agace pas quand tu avances, accélères et ralentis comme moi.
En dupliquant mon geste, tu y ajoutes ta force et j'aime ça.
Grâce à toi mon pied, mon mollet, mon genou ont gagné en présence, chacun d'eux est devenu visible, la partie d'un tout presque devenu autonome.
Pourtant de ton corps que je ne regarde que tes yeux, c'est au public de scruter ces variations car moi je les sens sans les voir.
J’aurais pu te donner le tournis à force de te poursuivre et pourtant aucune de nous ne vacille.
Tu me donnes le courage de ne pas m'effondrer, de ne pas céder à la gravité.
Qui es-tu ? Un reflet, un fantôme malicieux, un astre perdu ?
Je serai ton âme-sœur, ton corps-sœur, si tu m’acceptes.
Puis les voilà traversées par le son qui déferle comme une vague. Et le duo tient bon. Le lien qui les unit est à la fois intime et dépassionné. L’incarnation est totale : pas d'ombre, pas de mensonge.
Ces astres adelphes sont sur le point de sortir de leur orbite.
L'un promet : Je ne te laisserai pas tomber, que je te rejoigne ou m’éloigne.
L'autre termine : Je ne te laisserai pas tomber avant que le monde ne bascule.
Puis soudain le cercle n'est plus qu'un souvenir. »
Cécile Tarjot, spectatrice d'une étape de travail, mai 2026